Reportage. Le Pérou pour découvrir le monde

Dix jeunes issus de l’antenne jocassienne de la Sauvegarde 95, une association venant en aide à une jeunesse en proie à la marginalisation, ont séjourné au Pérou du 15 décembre au 1er janvier. Un voyage de l’autre côté de l’hémisphère pour apprendre des autres. Et constater que l'herbe que l'on pensait jaunie sous nos pieds, est parfois bien plus verte qu'ailleurs.

Ils ont quitté le Pérou il y a quelques mois maintenant. Et y sont retournés l'espace d’une soirée. Le 3 mai dernier et, en présence de M. le Maire, les jeunes Jocassiens ont été fiers de restituer leur projet d’envergure à travers la projection d’un film constitué comme un carnet de voyage*. Un voyage qui traduit l'aboutissement d'un long travail fourni des mois durant, premier pari gagné par ces jeunes, parfois peu résilients. « Pour nos jeunes qui ont du mal à s'engager sur le long terme, ce projet a été une réussite », se réjouit Edwige, la responsable. À l'écran, on y découvre des sourires, des réactions, des confessions sur les raisons qui les ont conduits à grimper plus de douze heures dans un avion pour ce qu’ils appellent « l’autre bout du monde. » Et le récit chronologique de leur excursion.

À peine venaient-ils de laisser derrière eux les portes de l’aéroport Jorge Chávez que les jeunes, accueillis à Lima sous un soleil éclatant, laissaient transparaître leur enthousiasme, enfiévrés à l’idée de vivre la grande aventure. « C’est la première fois que je prends l’avion », confiait pudiquement Siga, quand Nouri portait déjà en lui l’envie de vivre comme un Péruvien. Les attentes nouées autour de ce séjour à vertu initiatique fondaient peu à peu, pour laisser place à l’expérience d’une première rencontre avec une jeunesse si fraîche et pourtant déjà si abîmée par la vie. Un moment de partage, entre initiation à la flûte de pan et tam-tam. La musique adoucit les mœurs et efface la barrière de la langue. De Lima, les Francés ont découvert les vestiges encore bien présents de l’architecture coloniale (image 1), les embouteillages infernaux, ses concerts de klaxon et l’incrédulité de quelques Péruviens : « Il pensait que je venais de Colombie. Il ne soupçonnait pas que des Français pouvaient être d’origine africaine », soufflait Aboulay. La page de la capitale se refermait pour ouvrir celle de Trujillo, simple escale avant de fouler le sol poussiéreux d’El Milagro, petite commune abritant une décharge à ciel ouvert où tentent de subsister des infortunés venus de la Cordillère des Andes. L’odeur est insoutenable, la misère, grande. « Là-bas, ils n’ont rien et ils font avec. Ça m’a fait reconsidérer les choses », avouait Chayma. Comme une onde de choc, la visite du bidonville allait instiller le goût de l’effort à la bande qui s’était muée en maçon, nourrie par la ferme volonté de relever son défi : mener à bien la construction d’une dalle et d’un mur, éléments essentiels à la création d’une salle dans un centre de formation. Un labeur que les jeunes ont accompli chaque matin pendant six jours (images 2 et 3). Le temps de reprendre quelques forces lors de repas franco-péruviens et de s’accommoder au ceviche – un des plats nationaux – (image 4), la troupe jocassienne poursuivait les journées en animant des ateliers de jeu et de danse auprès d’écoliers (images 5 -6-7-8).

Partir pour mieux revenir

À l’heure de regagner la France, les jeunes délivraient à leurs hôtes une poignée de remerciements dans la langue de Cervantes, et s’enorgueillissaient de ce voyage mémorable (image 9). Si les anecdotes différaient – Nouri retenait l’amabilité d’un policier qui lui avait offert sa casquette tandis qu’Omar se souvenait d’un moment de danse improvisé près de la place des Armes –, tous évoquaient la force de ce séjour. « On espère que ce voyage fera grandir nos jeunes et leur permettra de s’accrocher à leurs projets professionnels », précise Benjamin, un des encadrants. Voyager pour ouvrir son horizon. Et revenir plus fort. L’idée est belle et ambitieuse. À l’image de cette virée en Amérique latine.

Découvrez le voyage en images

* Ce projet a pu voir le jour grâce au soutien du Fonjep, du Conseil départemental, de la préfecture, de la ville de Pontoise, du service jeunesse de Vauréal, de l’association Aon Solidarités, de la société MT Nettoyage et de la ligue de l’enseignement.