Les contes de Noël

Les Jocassiennes et Jocassiens ont pris la plume à la suite de l’appel à écrire lancé par la rédaction du Vivre à Jouy n°126 ! Découvrez sans plus tarder la magie de Noël et des fêtes de fin d’année à travers leurs mots !

La Lanterne

Par Rémi Proteau, lauréat

Il était une fois dans un petit village enneigé, blotti entre deux montagnes silencieuses, l’hiver semblait toujours plus long qu’ailleurs. Pourtant, à l’approche de Noël, les habitants trouvaient la force d’égayer chaque coin de rue. Les guirlandes colorées illuminaient les façades, les enfants riaient en glissant sur les pentes gelées, et l’odeur des biscuits à la cannelle s’échappait des cuisines. Partout, la fête s’installait comme une promesse de chaleur au cœur du froid.

Mais au bout d’une ruelle étroite, une maison demeurait dans l’ombre. Ses volets restaient clos, son jardin sans décorations. Elle appartenait à Madame Éloïse, une femme autrefois pleine de vie, mais que la solitude avait lentement recouverte. Depuis le départ de ses enfants et la disparition de son mari, elle avait rangé ses décorations au grenier et décidé que les fêtes n’étaient plus pour elle.

Un soir, alors que la neige tombait en silence, Léo, un petit garçon curieux et généreux, s’arrêta devant sa porte. Il connaissait vaguement cette voisine, mais l’absence de lumière éveilla sa curiosité. Il osa frapper. Éloïse ouvrit, surprise de voir un enfant tremblant de froid sur son perron. À l’intérieur, rien : pas de sapin, pas de guirlandes, seulement le tic-tac d’une vieille horloge.
— « Pourquoi n’as-tu pas de lumière pour Noël ? » demanda Léo.
Éloïse répondit d’une voix douce mais triste :
— « Parce que je n’ai plus personne avec qui partager cette lumière. »

Ces mots touchèrent profondément l’enfant. Toute la nuit, il pensa à la vieille dame seule dans sa maison sombre. Le lendemain, il revint, serrant dans ses mains une petite lanterne de papier qu’il avait fabriquée.
— « Si tu n’as pas de lumière, prends celle-ci. Elle brillera pour toi », dit-il en lui tendant son trésor fragile.

Éloïse sentit une chaleur oubliée renaître en elle. Elle alluma la bougie et posa la lanterne sur le rebord de sa fenêtre. La flamme vacillante perça l’obscurité, et les passants, intrigués, s’arrêtèrent. Bientôt, une voisine déposa un ruban rouge, un autre un petit sapin, un troisième un panier de douceurs. Peu à peu, la maison qui semblait endormie s’illumina de rires, de chants et de gestes fraternels.

Éloïse, émue, ouvrit ses portes et servit du chocolat chaud. La pièce, longtemps silencieuse, se remplit de voix et d’amitié. Elle comprit alors qu’elle n’avait pas vraiment perdu la lumière : elle l’attendait, tapie derrière la porte, prête à renaître grâce à un simple geste.

Cette nuit-là, quand les cloches sonnèrent minuit, le village tout entier ressentit une joie nouvelle. Les habitants comprirent que la magie de Noël ne résidait pas seulement dans les cadeaux ou les festins, mais dans cette petite flamme offerte par un enfant à une vieille femme.

Depuis ce jour, chaque hiver, les habitants déposent une lanterne devant leur maison. Certaines sont de papier, d’autres de verre, d’autres encore sculptées dans le bois. Mais toutes brillent ensemble dans la nuit glaciale pour rappeler que personne n’est jamais vraiment seul à Noël, tant qu’il existe une main tendue et une lumière à partager.


Joyeux Noël

Par Jean-Pierre

Je rêvais d’un Noël, comme au temps des rois mages,

Avec plein de cadeaux sur le coup de minuit,

Mais ces bons sentiments n’ont plus cours aujourd’hui,

Tant les cambrioleurs ont terni cette image.

J’ai reçu leur visite après le réveillon,

Quand me berçait la muse entre ses bras d’ivoire,

La vérité, parfois, est difficile à croire,

Ils ont bu mon whisky, et le Don Pérignon…

Réveillé par un bruit, je vis des formes noires,

Monter en titubant avec le parler flou;

La prudence exigeait par peur des mauvais coups

de me mettre à l’abri dans le fond d’une armoire.

Grande fut ma frayeur, blotti dans mon réduit,

D’entendre à pleine voix quelques chansons à boire

Pendant que sur le sol en ces instants de gloire

Roulaient allègrement les cadavres exquis…


Un Noël à l’hôpital

Par Rekia

Chaque année, nous avions l’habitude de célébrer Noël chez un membre de ma famille.

Maman a quatre sœurs et un frère, ainsi que beaucoup de neveux et nièces, alors nos fêtes familiales sont plutôt animées.  

Les maisons étaient toujours bien décorées, le sapin était toujours présent et les tables ressemblaient à celle que l’on voyaient dans les films de Noël. 

À minuit, le rituel était toujours le même : on frappait à la porte et dès qu’on ouvrait, une énorme hotte remplie de jouets et de cadeaux s’offrait à chaque membre de la famille.

Pour moi, c’était ça Noël, un délicieux repas qui fini par un dessert au chocolat (logique), de belles décorations et surtout beaucoup de cadeaux. 

L’année de mes 5 ans a été un véritable tournant et c’est là que j’ai vraiment compris l’esprit de Noël. 

Nous étions le 17 décembre. Je me souviens de ce jour car maman a reçu un appel de Mamy. Nous sommes rapidement montés dans la voiture et papa a pris le volant pour se rendre à Paris. Nous sommes rentrés dans un hôpital et maman nous a demandé à ma petite sœur et moi d’être sage, de ne pas faire de bruit car des personnes qui se reposent et ont besoin de calme. 

Quand je suis arrivée dans cette chambre, j’ai tout d’abord vu mes grands-parents les yeux remplis de larmes, puis mon oncle sur un lit derrière eux.

Nous sommes allées lui donner un baiser, mais il restait immobile. Mes parents m’ont expliqué qu’il dormait et que pour le moment , il n’arrivait pas à se réveiller. 

Mes tantes sont rapidement arrivées à l’hôpital. Je ne comprenais pas mais je percevais quelque chose d’inhabituel. 

Je restais sage en attendant le réveil de mon oncle. Le mot employé était « coma. » 

L’heure des visites étaient terminées et nous avons dû rentrer mais le silence dans la voiture était assourdissant. 

Au petit matin, le téléphone a sonné : mon oncle s’était réveillé ! Mamy a dit que c’était le miracle de Noël ! 

La nouvelle sur l’état de santé de mon oncle a été rapidement diffusée, et de nombreuses personnes sont venues lui rendre visite.Il y avait ces amis, des cousins, des cousines, des oncles, des tantes, des amis de mes parents, des amis de mes grands-parents, sans oublier ces amis d’enfance avec qui il était toujours resté en contact.

Chacun venait avec ses croyances et ses prières, en espérant que celles-ci l’aident à se rétablir.

En réalité, mon oncle était réveillé, mais les médecins ne semblaient pas optimistes pour les jours et les semaines à venir.

Nous avions passé des jours et des jours à l’hôpital. Ma famille se relayait sans relâche pour rester avec mon oncle, en espérant un autre miracle.

Le soir de Noël, Mamy avait préparé des toasts, quelques boissons et de quoi grignoter. Tout cela étaient disposés sur un chariot hospitalier. Je me souviens de ces chocolats que nous avions plaisir à partager avec le personnels hospitalier. 

Je n’oublierai jamais leurs gestes affectueux : les lits à disposition pour les siestes des enfants ; les cafés qu’ils ont offerts à ma famille ; des mots de soutien.

Toutes ces attentions qui ont rendu ces moments supportables.

Ce soir-là, pas de dinde, pas de hotte, pas de table décorée, mais un grand rassemblement de personnes qui n’avaient envie que d’une seule chose : être ensemble. Il y avait des larmes, des rires, des anecdotes, des histoires amusantes et de nombreuses étreintes échangées. 

Ce fut le dernier Noël de mon oncle et sans doute pour nous tous, le Noël le plus mémorable et le plus chaleureux. 


Le secret du lavoir de Jouy

Par Sandra

À Jouy-le-Moutier, le froid de l’hiver s’était installé depuis quelques jours. Le Vexin faisait silence et la rivière de l’Oise coulait doucement, comme si elle ne voulait pas déranger la paix du village.

Sous le toit du lavoir, les stalactites brillaient comme des petites clochettes figées.

Gabriel aimait cet endroit, près de la nouvelle maison de sa grand-mère. C’était là qu’il venait, depuis quelques jours, rêver, assis sur le rebord en pierre, à regarder l’eau couler lentement.

Mais aujourd’hui, tout paraissait différent : le marché de Noël était plus petit que chez lui, des guirlandes manquaient, et même les habitants marchaient très vite, sans un regard, sans un bonjour.

Jouy semblait avoir perdu son éclat.

Un soir, alors que le vent faisait danser les feuilles autour du lavoir, Gabriel aperçut une lueur au ras de l’eau. Un lumignon y flottait, prisonnier d’un glaçon. Intrigué, il s’accroupit et souffla doucement dessus. La glace se fendit et le lumignon sembla reprendre de l’éclat.

Une voix, légère comme un soupir, s’en échappa :

« – Merci, petit. J’attendais qu’on me réveille. »

Le jeune garçon sursauta. 

« – Qui es-tu ?

Je suis le Souffle du lavoir. Depuis des siècles, je garde les vœux que les gens expriment auprès de moi. Mais cette année, personne n’a souhaité quoi que ce soit. Le village a oublié de rêver ! »

Gabriel resta silencieux, le cœur serré.

Alors il retira son bonnet, le posa sur le rebord en pierre et s’agenouilla dessus en fermant les yeux :

« – Moi, je souhaite que Jouy-le-Moutier retrouve sa lumière. »

Le lumignon se mit à briller plus fort, très fort.

Une onde dorée glissa sur l’eau, franchit les quelques marches, monta les ruelles, et chaque maison qu’elle touchait s’illumina d’une douce et impétueuse clarté.

Les habitants sortirent, étonnés, avec un sentiment de joie retrouvée. Le vieux boulanger ralluma son four, la violoniste se mit à jouer, les enfants accoururent en riant au bord du lavoir.

Et là, au centre, Gabriel tenait le lumignon, rayonnant comme un petit soleil.

La lumière gagna l’église, dont la cloche sonna d’elle-même.

Même l’Oise semblait rire, semant des reflets d’or à travers les champs du Vexin. Quand minuit sonna, le vent se calma instantanément.

La voix du Souffle murmura :

« – Merci, Gabriel ! Tant qu’une âme croit en la lumière, Jouy ne s’éteindra pas. »

Le lendemain, les habitants se demandèrent encore d’où venaient ces lueurs.

Certains disaient que c’était un phénomène étrange du lavoir, d’autres parlaient d’un miracle de Noël.

Mais au bord de l’eau, dans la neige fraîchement tombée, on trouva un petit lumignon encore tiède, avec un mot gravé dessus :

« Le partage est la lumière qui illumine la vie. »

Et depuis ce jour, chaque veille de Noël, quelqu’un dépose discrètement un lumignon au bord du lavoir. Ainsi, depuis, Jouy-le-Moutier brille d’une clarté que nul hiver ne pourra éteindre.